« On demanderait au numéro 520, Benjamin Perron, de ramener sa puce à l’arrivée s’il-vous-plaît »
Voilà ce que j’ai entendu en traversant la ligne d’arrivée du 15 km style libre de ce matin. L’annonceur pensait que j’avais abandonné la course. Ça vous dit à quel point j’étais loin derrière…Comme quoi ce n’est pas toujours une bonne idée de faire une course quand on n’est pas entraîné, surtout dans ces conditions. De toute façon, ce n’est pas vraiment de ça que je veux vous parler. Le fait d’avoir eu une course très difficile aujourd’hui me donne une vision différente de la compétition de ski de fond et j’ai cru pertinent de vous faire part de cette expérience. Si vous me le permettez, j’aimerais bien prendre quelques minutes de votre temps pour que vous lisiez ceci jusqu’à la fin.
Le but de ceci n’est pas du tout de vous faire la morale, mais de vous faire réaliser quelque chose de très important à mes yeux.
Aujourd’hui, j’ai réellement frappé un mur, eu une faiblesse, tombé en hypoglycémie. Appelez ça comme vous voulez, j’ai eu une dure journée. J’aurais pu décider d’arrêter ça là, de finir ma course après deux tours au lieu de trois voyant que je faiblissait déjà. Et très honnêtement, je crois que personne ne m’en aurait voulu. Compte tenu du peu d’entraînement que j’ai dans le corps, on aurait compris ma décision. Je crois par contre que cela aurait été en quelque sorte la solution « facile »(le mot est fort, je l’admets) et je m’en serais voulu intérieurement.
C’est au milieu de ma course quand j’ai envisagé pendant quelques secondes l’abandon que j’ai repensé à ce que disait mon ancien entraîneur Godefroy Bilodeau, maintenant entraîneur au Centre national d’entraînement Pierre Harvey : «Dans Skibec, on n’abandonne jamais à moins d’être blessé ». Ceci m’a convaincu de continuer à donner l’effort jusqu’à la fin. Effectivement, quand on n’envisage pas l’abandon à la base, il n’y a pas de doute dans notre esprit à savoir si on continue à pousser au maximum.
Je crois que les bénéfices d’être persévérant pendant nos courses va même plus loin que ça. Peu après la fin de ma course, étendu dans la neige pour reprendre mon souffle, je me suis soudainement rendu compte à quel point j’étais fier. Fier d’avoir affronté les conditions difficiles, fier de m’avoir affronté moi-même. J’étais content d’avoir persévéré même si du point de vue des résultats, cela ne me servait plus à rien de continuer. Je ne peux m’empêcher de vous dire que cette persévérance reste avec vous pour le reste de votre vie. Personnellement, ceci m’a aidé à rester positif dans tout le processus de mon admission à l’université. En effet, même si le chemin à faire pour être admis à l’université me semblait franchement inatteignable, j’ai réussi à rester positif parce que je savais que j’avais déjà réussi des exploits tout aussi difficiles dans mon passé de skieur.
Où je veux en venir, c’est que quand je vois des skieurs abandonner une course parce que ça ne va pas comme ils l’auraient souhaité, je trouve ça décevant pour eux de ne pas pouvoir voir au-delà du résultat qui est écrit sur le babillard du chalet. Je crois qu’en croisant le fil d’arrivée dans une course, vous saisissez une opportunité unique de grandir en tant que personne.